Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/459

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avoir ce plaisir on peut se passer de dîner. C’est un vrai régal ! Quelle clarté ! et on entend tout. Chez vous, au palais, personne ne parle ainsi. Il n’y a guère que Maïdel et encore, il est loin d’être aussi éloquent.

Lévine se trouva une place près de la rampe d’appui, et, se penchant, il se mit à regarder et à écouter.

Tous les gentilshommes étaient groupés par districts.

Au milieu de la salle se tenait un monsieur en uniforme qui proclamait d’une voix forte :

— Candidat à la fonction de maréchal de la noblesse de la province, le capitaine en second Eugène Ivanovitch Apoukhtine !

Il se fit un silence de mort, au milieu duquel retentit la voix faible d’un vieillard.

— Se retire !

— Candidat : le conseiller à la cour Pierre Pétrovitch Bole ! reprit la même voix.

— Se retire ! prononça une voix jeune et perçante. Les mêmes déclarations de candidatures continuèrent auxquelles on répondait toujours : « Se retire ! » Cela dura près d’une heure. Lévine accoudé à la rampe regardait et écoutait. D’abord il s’étonna, ne comprenant nullement ce que cela signifiait, ensuite, persuadé qu’il ne comprendrait jamais, il devint triste ; puis, au souvenir de l’émotion et de l’inquiétude qu’il avait lues sur tous ces visages, il