Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol21.djvu/110

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trois scènes particulières ne se suivent pas dans le même ordre chez les deux évangélistes qui les racontent. Tous les commentateurs sont d’accord pour donner à cet égard la préférence à Matthieu, et leurs raisons sont si évidemment fondées en logique et en psychologie que nous pouvons nous dispenser de les exposer au long. Nous ferons seulement observer qu’elles n’ont de valeur absolue qu’autant qu’on admet la réalité historique des faits eux-mêmes

Enfin les trois récits se terminent d’une manière différente. Matthieu donne à entendre que le tentateur, trois fois repoussé avec dédain, quitte la partie pour tout de bon ; Luc, au contraire, insinue qu’il revint à la charge plus tard. Cet auteur songeait sans doute, soit aux luttes que Jésus eut à soutenir pendant toute la durée de son ministère, soit à sa passion et à sa mort. Matthieu ajoute que le diable vaincu fut aussitôt remplacé auprès de Jésus par des anges serviteurs, envoyés, comme on peut le penser, soit pour pourvoir à ses besoins, soit pour rendre hommage à sa sainteté victorieuse. Marc aussi parle d’anges, mais il paraît vouloir dire qu’ils se trouvaient présents pendant tout le séjour au désert, lui tenant compagnie et le servant, ce qui excluait encore l’idée du jeûne et de la faim dont parlent les autres textes.

Toutes ces différences, nous le répétons, ne portent que sur des détails accessoires. Nous avons maintenant à nous occuper du fond même de cette narration unique dans son genre, non seulement dans les Évangiles, mais dans la Bible tout entière. Avant tout rendons-nous bien compte du sens que nous devons attacher au mot tenter. Le langage biblique (Ancien et Nouveau Testament) emploie ce terme dans trois acceptions différentes : 1o on dit d’un homme qu’il tente Dieu quand il prétend provoquer, par des sollicitations impatientes, une manifestation quelconque de sa puissance, par exemple un miracle ; comme une pareille sollicitation a toujours sa source dans un manque de