Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol21.djvu/111

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confiance ou de résignation, l’Écriture déclare qu’elle est un péché ; 2o on dit de Dieu qu’il tente les hommes quand il met leur foi à l’épreuve par des tribulations et des contrariétés de tout genre. Comme ici le but et les moyens sont également salutaires, les apôtres déjà ont compris que le terme était mal choisi (Jacques i,13) et le langage moderne l’abandonne de plus en plus pour y substituer celui d’épreuves ; 3o enfin un homme tente l’autre quant il cherche à l’entraîner au mal. Nul doute que les faits racontés dans ce passage de l’Évangile ne rentrent dans cette troisième catégorie et non dans la première. Le tentateur ne s’adresse pas à la puissance de Jésus pour lui extorquer des miracles à son propre profit ; il y a plutôt un conflit moral entre la sainte volonté du Christ et les tendances perverses du diable.

Ceci étant généralement reconnu, nous établirons avant toute autre chose que les trois narrateurs entendent bien raconter un fait objectif et matériel ; des rencontres et des conversations entre deux personnages distincts, dont l’un était Satan lui-même, apparaissant d’une manière visible, à l’effet d’entraîner Jésus à des actes que celui-ci repoussa avec énergie. Et d’abord, lorsque, après avoir miraculeusement traversé une période de quarante jours sans prendre aucune nourriture, les besoins physiques se firent de nouveau sentir chez lui, le diable lui proposa de les satisfaire par l’opération d’un miracle. Jésus s’y refusa en alléguant un passage scripturaire (Deut., viii, 3) qui lui permet d’espérer ou de trouver des moyens de sustentation là même où les ressources ordinaires lui faisaient défaut. Dieu, dit-il, peut me nourrir de telle manière qu’il lui plaira ; il n’a qu’à parler, qu’à commander, sans que j’aie besoin d’intervenir moi-même de manière à changer la nature des choses. (Il est également faux de traduire : l’homme peut vivre de toutes les choses (mangeables) créées par Dieu ou : Je puis me nourrir de la parole de Dieu, spirituellement, et n’ai point besoin de