Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol21.djvu/112

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nourriture matérielle). Le texte de Luc, rétabli d’après les plus anciens manuscrits, n’a pas cette phrase ; celle conservée par les copies vulgaires (toute parole de Dieu) ne donne point de sens plausible.

La seconde tentation consistait à inviter Jésus à s’exposer de gaîté de cœur à un danger imminent, en se précipitant du haut d’un édifice, dans la conviction ou dans l’espérance que Dieu le préserverait miraculeusement de tout accident. Nous ne savons pas quelle localité les évangélistes ont entendu désigner par le terme que nous avons traduit au hasard le faîte du temple ; il est douteux qu’il soit question du sanctuaire lui-même, sur le toit duquel on ne montait pas. Peut-être s’agit-il d’un autre édifice compris dans l’enceinte sacrée, et placé du coté de l’Est, où le mont Moria dominait la vallée profonde du Quedron, et présentait une paroi coupée à pic. Le tentateur prétend déterminer Jésus en lui rappelant les paroles du Psaume (xci, 12) interprétées au pied de la lettre. Jésus lui répond par un autre passage (Deut., vi, 16) qui condamne tout essai de tenter Dieu, dans le sens que nous avons indiqué plus haut.

Enfin le diable l’emmène sur une montagne du haut de laquelle il pourrait voir tous les royaumes de la terre et contempler leur grandeur, leur puissance et leurs richesses. Tout cela lui est permis à condition qu’il serve les intérêts de celui qui s’en dit le maître. Jésus le repousse en invoquant simplement le principe fondamental de la religion révélée (Deut., vi, 13), lequel suffisait à lui seul pour écarter toute velléité ambitieuse. On pourrait presque dire à ce sujet que la tentation la plus séduisante des trois, est vaincue à la fois avec le moindre effort et le plus d’énergie.

La forme concrète de ces trois tentations a quelque chose de singulier, surtout la seconde dont on a de la peine à entrevoir le motif. Mais pour le fond elles ne sont point sans analogie dans l’histoire évangélique. Nous rappelons la scène de Gethsémani où Jésus