Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol21.djvu/375

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Saint Sauveur désire que nous montrions une indulgence pareille non seulement quand on nous frappe, mais même quand on veut nous ôter la propriété. D’ailleurs cela n’exclut pas la défense légitime de la propriété, ainsi que les procès justes. L’apôtre Paul ayant appris que dans l’Église de Corinthe il y avait des procès, ne les bannit pas définitivement de la société chrétienne. Il dit seulement : Pourquoi n’ont-ils pas préféré être offensés, mais offenseurs eux-mêmes ? (i, Cor., i, 6, 7).

Et voici ce que dit Reuss [1] :

C’est encore la recommandation de la patience et de la résignation en face de l’injustice, considérée comme préférable à des procédés, légaux à la vérité, mais étrangers au sentiment fraternel qui doit rapprocher les hommes, durs, violents, agressifs. Mais dans ces nouveaux cas il ne s’agit plus de rendre la pareille, seulement de repousser une attaque contre la personne ou la propriété. Nous devons donc les étudier à part. Quant à la forme de la pensée, nous voulons dire quant aux exemples choisis pour l’exposer populairement, voici ce qu’il y a à dire. On remarquera la différence entre les deux rédactions dans ce qui est dit du manteau et de la tunique. On serait porté à dire que la version de Luc est la meilleure, parce que celui qui dépouille l’autre commence par le vêtement qui recouvre les autres. Cependant l’autre version nous paraît de beaucoup préférable. Il s’agit d’un procès injuste, par lequel un homme est méchamment dépouillé de son bien. Or il faut se rappeler que le manteau est considéré comme l’objet le plus indispensable du pauvre homme, parce qu’il lui sert de lit et que la loi mosaïque déjà (Exode, xxii, 25 ; Deut., xxiv, 13), contient des dispositions protectrices à cet égard. Le sens est donc : Si quelque adversaire méchant veut, par des intrigues judiciaires, vous enlever une partie de votre bien,

  1. P. 211.