Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol21.djvu/395

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dence ; ensuite bénir, souhaiter le bien. Il est évident qu’avec le commandement de l’amour des ennemis ne serait pas d’accord un tel amour qui nous associerait à leurs actes. Au contraire, le véritable amour exige parfois des accusations et des reproches, quand, à travers les actes hostiles, c’est la gloire de Dieu qui est offensée, ou quand les hommes se détournent de la voie du salut. C’est pourquoi Dieu lui-même et ses apôtres souvent s’adressent à leurs ennemis avec des paroles sévères et accusatrices (Matth. xxiii, 33 ; Actes, xxiii, 3 ; 1re Épître de Jean, v, 16 ; 2e Épître de Jean, 10 ; Gal., i, 8, etc).

Vois-tu à quel degré il est monté et comme il nous a placés au sommet même de la vertu. Regarde et compte-les en commençant par le premier.

Le premier degré, ne pas commencer l’offense ; le deuxième, quand l’offense est faite n’y pas répondre par le même mal ; le troisième, non seulement ne pas faire à l’offenseur ce que tu as souffert de sa part, mais rester calme ; le quatrième, se livrer de soi-même à la souffrance ; le cinquième, donner plus que ne veut prendre l’offenseur ; le sixième, ne pas le haïr ; le septième, l’aimer ; le huitième, lui faire le bien ; le neuvième, prier Dieu pour lui.

L’Église ne comprend pas mieux ce précepte que les précédents. Elle parle de choses à côté et tâche à détruire le sens principal de la doctrine. Il est dit : Bénis tes ennemis, et l’Église dit : on peut les injurier. La parole de Jésus dit qu’il ne faut pas se défendre des ennemis, et qu’en aucun cas il ne leur faut faire la guerre. Or l’Église, depuis quinze cents ans, professe le contraire et bénit les armées.

Et cependant, ce cinquième des petits préceptes, même exprimé dans la forme sous laquelle il est