Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol21.djvu/410

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1o La prière ne doit pas consister en formules vides de sens ou tellement nombreuses quelles servent plutôt à donner de la distraction à celui qui les récite, qu’à concentrer ses pensées sur ce qui élève l’âme à Dieu. Celui-ci n’a pas besoin d’une longue prière, parce que, à vrai dire, il n’a pas besoin de prière du tout ; il sait ce qu’il nous faut, ce que nous pouvons désirer, ce qu’il veut nous octroyer.

C’est pour nous-mêmes que nous prions, c’est-à-dire pour nous rapprocher de Dieu, pour nous laisser pénétrer et diriger par son esprit, pour amener notre volonté à se soumettre avec confiance à la sienne. La prière a rempli son but dès quelle aboutit à nous faire répéter de bon cœur ce que Jésus à dit à Gethsémani. Une prière courte, simple, mais riche et profonde d’idées suffit pleinement, bien entendu si elle part du cœur et n’est pas simplement un acte de mémoire.

2o Jésus paraît avoir un jour saisi l’occasion de donner à ses disciples, et peut-être sur leur demande même, la formule d’une pareille prière. Ça n’a pas été certes avec l’intention de la faire réciter officiellement par eux dans n’importe quelle occasion, mais pour préciser en quelques mots la nature des choses qui pouvaient devenir le sujet de la prière. L’Église n’a pas eu tort de faire de cette formule sa nourriture journalière ; l’expérience des siècles en a constaté l’inépuisable richesse.

Mais en comparant le texte conservé dans la rédaction de Luc, on voit que les premiers chrétiens n’en avaient point encore fait une formule officielle et invariable, comme cela a dû être le cas à l’époque où les copistes ont cru devoir rendre le texte moins complet conforme à celui qui, à cause de son étendue même, avait passé en usage.

Il suffira de peu de mots pour diriger l’étude de ces quelques lignes qui sont un sujet de méditation incessante pour tous les chrétiens. On serait d’autant plus sûr de se fourvoyer dans l’interprétation de l’Oraison