Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol21.djvu/411

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dominicale qu’on y rechercherait des choses étrangères aux besoins et aux aspirations d’une piété, simple et naïve, et accessibles seulement à l’esprit scolastique. Ainsi rien n’est moins bien placé ici que la controverse sur le nombre des prières particulières comprises dans cette oraison, ou les prétendues découvertes relatives à leur disposition symétrique et au rapport du prologue à l’épilogue ou de l’ensemble avec le dogme de la trinité, qu’on y a cherché d’autant plus avidement que le texte s’y prêtait moins. Supposer ici des arrière-pensées dogmatiques, ou des préoccupations de forme, c’est méconnaître étrangement, et l’esprit du Seigneur et le but qu’il avait en vue en formulant cette prière.

Dans l’allocution qui est mise en tête, on remarque immédiatement le nom de Père, si rarement employé dans l’Ancien Testament, si caractéristique pour la religion de l’Évangile. Le sens de ce terme n’est pas épuisé tant qu’on songe seulement à la bonté du Créateur : il rappelle de préférence que Jésus veut faire des hommes les enfants de Dieu, et c’est cet élément à la fois pratique et mystique, le souvenir du devoir et le sentiment de l’union spirituelle, qui doit dès l’abord mettre celui qui prie dans la vraie disposition d’esprit. Il dira : Notre Père bien qu’il puisse aussi dire : Mon Père, parce qu’il aimera à se rappeler la solidarité fraternelle qui l’unit à ses semblables. Et il continuera, même au xixe siècle, à parler des Cieux comme de la résidence du Très-Haut, sans se préoccuper des questions de cosmologie ; parce que cette expression est le symbole de la grandeur, de la puissance et de la providence de Dieu, par conséquent pour lui-même à la fois une constatation de sa dépendance, et le gage d’une foi confiante et assurée.

La première prière se présente d’abord comme une simple formule d’adoration, comme un acte d’humilité de la créature en face du Créateur. La sanctification peut être comprise comme une manifestation du