Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol26.djvu/101

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Si je faisais part à quelqu’un d’ignorant de ce que je sais de géologie, d’astronomie, d’histoire, de physique, de mathématique, cette personne recevant un enseignement tout à fait nouveau ne me dirait jamais : « Mais qu’y a-t-il de neuf à cela ? Chacun le sait et je le sais depuis longtemps ! » Mais racontez à quelqu’un la vérité morale la plus élevée, exprimez-la d’une façon claire et sensée comme elle ne le fut jamais, chacun, surtout parmi ceux qui ne s’intéressent pas aux questions morales, ou celui à qui cette vérité morale que vous exprimez ne convient point, dira certainement : « Oui, mais qui ne le sait pas ? C’est connu et exprimé depuis longtemps. » Il lui semble, en effet, que c’est dit depuis longtemps et précisément sous la même forme ; mais ceux à qui les vérités morales sont importantes et chères, savent combien c’est important, précieux, et par quels longs efforts s’atteignent la clarté, la simplification de la vérité morale, son passage de l’état vague, indéfini du désir, des explications incertaines, à la forme définie qui exige impérieusement des actes correspondants.

Nous sommes tous habitués à penser que la doctrine morale est tout ce qu’il y a de plus banal, de plus ennuyeux et ne peut avoir rien de nouveau et d’intéressant. Cependant toute la vie humaine, avec ses activités compliquées et diverses qui paraissent indépendantes de la mo-