Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol26.djvu/131

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


je considère non comme une œuvre de bienfaisance, mais comme un acte de convenance, de politesse. Si un homme vous demande du feu, il faut lui allumer une allumette, si on en a ; si un homme vous demande trois ou dix kopeks, ou même quelques roubles, il faut les lui donner si on les a. C’est affaire de politesse et non de bienfaisance.

Voici quel cas m’était arrivé : J’ai déjà parlé de deux paysans avec qui, deux ans avant, j’avais scié du bois. Un jour, un samedi soir, à la nuit tombante, j’allai avec eux en ville. Ils allaient chez le patron toucher leur salaire. Près du pont Dragomilovsky nous rencontrâmes un vieillard. Il demandait l’aumône ; je lui donnai vingt kopeks. Je pensai faire ainsi bonne impression sur Siméon avec qui j’avais causé choses religieuses. Siméon, ce paysan de la province de Vladimir, qui avait, à Moscou, sa femme et deux enfants, s’arrêta aussi, retourna le pan de son caftan, tira sa bourse et, en y cherchant, prit trois kopeks. Il les donna au vieux et demanda deux kopeks de monnaie. Le vieux montra dans sa main deux pièces de trois kopeks et une d’un kopek. Siméon regarda, voulut prendre un kopek, mais, réfléchissant, il souleva son bonnet, se signa et partit en laissant au vieux ses trois kopeks. Je connaissais bien la situation matérielle de Siméon ; il n’avait ni maison, ni propriété. Jusqu’à ce jour, quand il donna ces trois kopeks, il avait économisé six