Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol26.djvu/45

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Oui, et elle aussi ; elle a volé une tige de botte ! cria le gamin ; et, soulevant la jambe, il glissa en avant.

La vieille éclata en invectives interrompues par la toux. À ce moment, un vieillard, blanc comme la neige, tout en guenilles, montait la rue en agitant les bras (il tenait d’une main un petit pain et de l’autre quelques couronnes). Ce vieillard avait l’air d’un homme qui vient de prendre un petit verre. Évidemment il avait entendu les injures de la vieille et prenait son parti : : « Hou ! petits garnements, je vous… ! » cria-t-il aux garçons en menaçant de se diriger vers eux. Il me dépassa et monta sur le trottoir. Sur l’Arbate, ce vieux vous eût étonné par sa vieillesse, sa décrépitude, sa misère ; ici, il avait l’air d’un brave gars qui rentre après son travail quotidien.

Je suivais le vieux. Il tourna au coin gauche de la ruelle Prototchni et, dépassant la maison et la porte cochère, il entra dans un débit.

Dans la ruelle Prototchni il n’y avait que deux portes cochères et quelques portes de restaurants, de débits, de boutiques de victuailles et d’autres. C’est précisément la forteresse Rjanov. Tout ici est gris, sale et puant : les maisons, les logis, les cours, les gens. La plupart des hommes que j’ai rencontrés là étaient déguenillés, demi-nus. Les uns passaient, les autres couraient de porte en porte. Deux hommes marchandaient des hardes.