Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/315

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— Laisse-moi finir. Il a apporté le seau. On a bu. Le sang coulait toujours, toute la cabane était pleine de sang. Le vieux Bourlak dit : « Le garçon crèvera ici, donne encore une bouteille d’eau-de-vie aromatique autrement nous te livrerons à la police ». On a apporté encore, et on a bu, on a bu…

— Mais quoi, souffrais-tu ? — redemanda Olénine.

— Quelle souffrance ! N’interromps pas, je n’aime pas cela. Laisse-moi finir. On a bu jusqu’au matin, et je me suis endormi sur le poêle, j’étais ivre. Le matin, je m’éveille, impossible de me redresser.

— Souffrais-tu beaucoup ? — répéta Olénine, pensant qu’enfin il allait obtenir la réponse.

— T’ai-je dit que ça me faisait mal ? Pas mal, mais impossible de remuer, de marcher.

— Eh bien, tu as guéri ? — fit Olénine, sans même rire tant il avait de tristesse dans le cœur.

— Oui, la blessure s’est cicatrisée, mais la balle est toujours là. Tiens, touche.

Et, soulevant sa chemise, il montra son dos robuste où, près de la colonne vertébrale, roulait une petite balle.

— Regarde comme elle roule ! — fit-il en se consolant de la balle comme d’un jouet. — Tiens, elle descend…

— Et Loukachka, en reviendra-t-il ? — demanda Olénine.