Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/145

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Nicolas était assis loin de Sonia près de Julie Karaguine, et aussi, avec le même sourire involontaire, lui disait quelque chose. Sonia s’efforçait de sourire, mais la jalousie la tourmentait visiblement : tantôt elle pâlissait, tantôt elle rougissait et, de toutes ses oreilles, écoutait ce que se disaient Nicolas et Julie. La gouvernante promenait tour à tour un regard inquiet, comme pour se préparer à repousser l’attaque, dans le cas où quelqu’un voudrait toucher aux enfants. Le gouverneur allemand tâchait de graver dans sa tête tous les mets, desserts et vins, afin d’écrire tout cela en détails dans la lettre à ses parents, en Allemagne, et il était très blessé quand le maître d’hôtel, avec la bouteille enveloppée d’une serviette, passait devant lui. L’Allemand fronçait les sourcils et s’efforçait de montrer qu’il ne désirait pas du tout boire de ce vin, mais il était blessé parce que personne ne voulait comprendre que le vin lui était nécessaire non pour satisfaire sa soif, non par gourmandise, mais pour satisfaire sa curiosité de bonne foi.