Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/181

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la lui offrit. Un aide de camp, ramassa le gant que Pierre avait laissé tomber et le lui tendit. Les médecins, très respectueusement, se dérangèrent pour lui faire place quand il passa devant eux. D’abord Pierre voulut s’asseoir ailleurs, pour ne pas gêner la dame ; il voulait ramasser lui-même son gant et prendre un autre chemin, où le docteur ne se trouverait pas du tout sur sa route, mais tout à coup, il sentit que ce ne serait pas convenable, il sentit qu’à dater de ce soir, il était un personnage obligé de se soumettre à des usages terribles et prévus par tous, et que, pour cette raison, il devait recevoir de tous des services. Il reçut, sans mot dire, le gant que lui tendait l’aide-de-camp, il s’assit à la place de la dame, il posa ses grosses mains sur ses genoux, symétriquement, dans la pose naïve d’une statue égyptienne, et décida en soi que tout cela devait être précisément comme c’était, et que cette nuit, il ne devait pas agir par sa propre initiative, mais s’abandonner tout à fait à la volonté de ceux qui le guidaient.

Deux minutes étaient à peine écoulées, que le prince Vassili, dans sa tunique à trois étoiles, la tête haute et l’air majestueux, entra au salon. Il semblait avoir maigri depuis le matin ; ses yeux s’agrandirent quand il regarda l’assistance et aperçut Pierre. Il s’approcha de lui, lui prit la main (ce qu’il n’avait encore jamais fait) et la tira