Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/204

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


— Je passerai encore deux lettres, et la troisième, je la lirai, prononça sévèrement le prince. — J’ai peur que vous n’écriviez beaucoup de bêtises. Je lirai la troisième.

— Lisez celle-ci, mon père, — fit la princesse en rougissant encore davantage et lui tendant la lettre.

— La troisième, dis-je, la troisième, — répliqua le prince, en repoussant la lettre. Et s’appuyant sur la table il approcha le cahier illustré de figures de géométrie.

— Eh bien, mademoiselle, commença le vieillard en se penchant près de sa fille sur le cahier et en posant une main sur le dos de la chaise, où était assise la princesse, de sorte qu’elle se sentait entourée de tous côtés par cette odeur de tabac et de vieillard, particulière à son père et qu’elle connaissait depuis si longtemps. Eh bien, mademoiselle, ces triangles sont semblables : tu vois l’angle A, B, C… La princesse regardait avec effroi les yeux brillants du père ; des taches rouges passaient sur son visage, on voyait qu’elle ne comprenait rien et que la peur l’empêcherait de comprendre toutes les explications du père, si claires qu’elles pussent être. Qui était coupable du professeur ou de l’élève ? mais chaque jour se répétait la même chose : les yeux de la princesse s’obscurcissaient, elle ne voyait et n’entendait rien, elle sentait seulement