Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/215

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Sauveur et Sa très Sainte Mère vous aient en Leur sainte et puissante garde.

 » MARIE ».


Ah, vous expédiez le courrier, princesse, moi, j’ai déjà expédié le mien. J’ai écrit le mien à ma pauvre mère, — parlait d’une voix vive, agréable, grasseyante, la souriante demoiselle Bourienne, en répandant avec elle, dans l’atmosphère concentrée et triste de la princesse Marie, quelque chose de gai, de léger.

Princesse, il faut que je vous prévienne — ajouta-t-elle en baissant la voix — le prince a eu une altercation, — fit-elle en grasseyant et s’écoutant avec plaisir — une altercation avec Michel Ivanoff. Il est de très mauvaise humeur, très morose. Soyez prévenue, vous savez…

Ah ! chère amie — interrompit la princesse Marie — je vous ai priée de ne jamais me prévenir de l’humeur dans laquelle se trouve mon père. Je ne me permets pas de le juger, et je ne voudrais pas que les autres le fissent.

La princesse regarda sa montre, et constatant qu’elle avait passé de cinq minutes l’heure de se mettre au clavecin, d’un air craintif elle se rendit au divan. Entre midi et deux heures, selon l’emploi du temps, le prince se reposait et la princesse Marie devait jouer du clavecin.