Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/226

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leurs toutes les chambres de la maison, les familiers et les valets qui se tenaient derrière chaque chaise, attendaient l’entrée du prince ; le maître d’hôtel, la serviette à la main, inspectait les préparatifs, clignait des yeux vers les valets et, tout en marchant, promenait ses regards inquiets de la pendule à la porte par où devait apparaître le prince. Le prince André examinait un grand cadre doré, nouveau pour lui, avec l’arbre généalogique des princes Bolkonskï ; il était suspendu en face d’un cadre semblable, renfermant le portrait mal fait (évidemment par un peintre de la maison du prince) d’un seigneur en couronne qui devait représenter un descendant de Rurik et être la souche de la génération des Bolkonskï. Le prince André, en hochant la tête et riant, regardait cet arbre généalogique de cet air avec lequel on regarde un portrait ressemblant jusqu’au ridicule.

— Comme je le reconnais bien là, — dit-il à la princesse Marie qui s’approchait de lui.

La princesse Marie regarda son frère avec étonnement. Elle ne comprenait pas de quoi il souriait. Tout ce que faisait son père excitait en elle l’admiration et ne pouvait être discuté…

— Chacun a son talon d’Achille — continua le prince André. — Avec son grand esprit donner dans ce ridicule !…

La princesse Marie ne pouvait comprendre la hardiesse du raisonnement de son frère et se pré-