Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/281

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chambre pour écrire à son père, ce qu’il faisait chaque jour. Dans le couloir, il rencontra son camarade Nesvitzkï et le plaisant Jerkov ; ils riaient comme toujours.

— Pourquoi es-tu si sombre ? — demanda Nesvitzkï en remarquant le visage pâle et les yeux brillants du prince André.

— Il n’y a pas de quoi se réjouir, — répondit Bolkonski.

Pendant que le prince André était arrêté avec Nesvitzkï et Jerkov, de l’autre côté du couloir, à leur rencontre, venaient Strauch, général autrichien attaché à l’état-major de Koutouzov pour veiller au ravitaillement de l’armée russe, et un membre du Conseil supérieur de la guerre, arrivés la veille. Le corridor était assez large pour que les généraux pussent passer librement avec trois officiers. Mais Jerkov, en repoussant de la main Nesvitzkï disait d’une voix haletante :

— Ils viennent !… Ils viennent !… Laissez passer… Laissez passer, s’il vous plaît !

Les généraux passèrent, ils paraissaient désirer éviter les honneurs. Sur le visage du plaisant Jerkov, parut tout à coup le sourire stupide de la peur qu’il ne pouvait cacher.

— Votre Excellence, — dit-il en allemand, en s’avançant et s’adressant au général autrichien, — j’ai l’honneur de vous féliciter. Il penchait la tête et, gauchement, comme un enfant qui apprend à