Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/316

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tons. À bas, laissez le chemin !… Attends là-bas !… cha’iot du diable. Je f’appe’ai à coups de sab’e, — cria-t-il ; il tirait, en effet, son sabre du fourreau et commençait à le brandir.

Les soldats, les visages effrayés se serrèrent l’un contre l’autre et Denissov rejoignit Nesvitzkï.

— Comment, tu n’es pas ivre aujourd’hui ? — dit Nesvitzkï à Denissov quand celui-ci fut près de lui.

— On ne donne’a pas même le temps de boi’e, — répondit Vaska Denissov. — Toute la jou’née on t’aîne le ’égiment là ou là. S’il faut se batt’e, qu’on se batte, autrement le diable sait ce que c’est.

— Comme tu es élégant, aujourd’hui, — dit Nesvitzkï, en regardant son nouveau dolman et la housse de son cheval.

Denissov sourit, tira son mouchoir qui répandit l’odeur de parfums et le fourra sous le nez de Nesvitzkï.

— On ne peut fai’e aut’ement. Je vais à la bataille. Tu vois, je me suis ’asé, j’ai b’ossé mes dents et me suis pa’fumé.

La figure imposante de Nesvitzkï accompagné de son cosaque et la persévérance de Denissov qui agitait son sabre et criait à pleine gorge, produisaient tant d’effet qu’ils traversèrent le pont et arrêtèrent l’infanterie. Près de la sortie, Nesvitzkï trouva le colonel à qui il devait donner l’ordre et, sa commission faite, il retourna sur ses pas.