Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/397

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pensait : 1o masser toute l’artillerie au centre ; 2o, faire tourner la cavalerie de l’autre côté des ravins. Le prince André, qui se trouvait toujours près du général en chef, suivait le mouvement des masses, les dispositions générales et s’occupait de la description historique des combats. Aussi, malgré lui, ne calculait-il qu’en traits généraux la marche des opérations futures. Il envisageait les grandes hypothèses de la façon suivante : « Si l’ennemi commence l’attaque au flanc droit. — se disait-il, — les régiments des grenadiers de Kiev et des chasseurs de Podolie devront défendre leurs positions jusqu’à ce que les réserves du centre viennent à eux. Dans ce cas, les dragons pourront se jeter sur le flanc et le repousser. Si l’attaque a lieu au centre, nous plaçons sur cette hauteur la batterie centrale et, sous sa couverture, nous replions le flanc gauche et reculons par échelons jusqu’aux ravins. » Tout le temps qu’il était à la batterie, sur le canon, il entendait les voix des officiers qui parlaient dans la hutte, mais, comme il arrive souvent, il ne comprenait pas un seul mot de ce qu’ils disaient. Tout à coup, de la hutte, le son d’une voix le frappa par tant de sincérité que, malgré lui, il se mit à écouter.

— Non, mon cher, — disait une voix agréable, et qui semblait déjà connue au prince André, — je dis que s’il était possible de savoir ce qu’il y aura après la mort, alors aucun de nous n’aurait peur