Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/66

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elle s’approcha de son mari et l’embrassa au front.

Bonsoir, Lise ! — dit le prince André en se levant et lui baisant poliment la main, comme à une étrangère.


Les amis restèrent silencieux. Ni l’un ni l’autre n’entamait la conversation. Pierre regardait le prince André, celui-ci passait sa main fine sur son front.

— Allons souper, — dit-il avec un soupir en se levant et en se dirigeant vers la porte.

Ils entrèrent dans la salle à manger au meuble neuf, riche et élégant. Tout, depuis le service jusqu’à l’argenterie, les porcelaines, les cristaux, portait ce cachet particulier de neuf, qu’on remarque toujours dans les jeunes ménages. Au milieu du souper, le prince André s’accouda sur la table : il avait une expression d’agacement nerveux que Pierre n’avait encore jamais observée chez son ami, et, comme un homme qui depuis longtemps a quelque chose sur le cœur et se décide enfin à s’expliquer, il se mit à parler : — Ne te marie jamais, jamais, mon ami, c’est mon conseil ; ne te marie pas avant de te dire à toi-même que tu as fait tout ce que tu as pu avant de cesser d’aimer la femme que tu as choisie, avant de la voir telle qu’elle est, autrement tu te tromperas cruellement et irrémédiablement. Marie-toi quand