Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/85

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


C’est bien, c’est bien… — se disait-il en regardant avec plaisir l’énorme table à rallonges. — Le principal c’est le service. Oui, oui, oui… — Et avec un soupir de satisfaction, il se rendait de nouveau au salon.

— Maria Lvovna Karaguina et sa fille ! — annonça d’une voix grave le haut valet de pied de la comtesse, en entrant dans la porte du salon.

La comtesse réfléchit, savoura une prise de tabac de la tabatière d’or ornée du portrait de son mari.

— Les visites m’ont fatiguée — dit-elle. — Eh bien, je la recevrai, mais ce sera la dernière. Elle est très bégueule. Faites entrer, — fit-elle au valet d’une voix triste, comme si elle eût dit : « Eh bien, achevez-moi ! »

Une dame, grande, forte, à l’air hautain, et une jeune fille au visage rond et toujours souriant, avec un frou-frou de robes, entrèrent au salon.

« Chère comtesse, il y a si longtemps… elle a été alitée, la pauvre enfant… au bal des Razoumovsky… et la comtesse Apraksine… J’ai été si heureuse… » entendait-on dans un bruit de voix de femmes s’interrompant l’une l’autre et se confondant avec le bruit des robes et des chaises. Commença alors une de ces conversations dans lesquelles on attend une pause pour se lever, faire bruire sa robe et prononcer : « Je suis bien charmée ; la santé de maman… et la comtesse