Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol7.djvu/91

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gement les bras autour de la fillette qui courait.

— Ah ! la voilà ! — cria-t-il en riant. — C’est sa fête aujourd’hui, ma chère, sa fête !

Ma chère, il y a un temps pour tout, — prononça la comtesse, feignant d’être sévère. — Tu la gâtes toujours, Élie — ajouta-t-elle en s’adressant à son mari.

Bonjour, ma chère, je vous félicite, — dit la visiteuse. — Quelle délicieuse enfant ! — ajouta-t-elle en s’adressant à la mère. La fillette, très vive, avait des yeux noirs, une large bouche, un joli nez, des épaules graciles, nues, qui se soulevaient du corsage à cause de cette course rapide, des boucles noires relevées, des bras maigres et nus, des pantalons à dentelle, tombant sur les jambes, les pieds chaussés de souliers découverts ; elle était à cet âge délicieux où la jeune fille n’est plus une enfant, et où l’enfant n’est pas encore jeune fille. S’échappant de son père, elle courut vers sa mère et, sans faire attention à son observation sévère, elle cacha son visage pourpre dans sa mantille de dentelle et se mit à rire. Elle riait de quelque chose, et toute essoufflée parlait de sa poupée qu’elle tira de dessous sa jupe.

— Vous voyez ?… poupée… Mimi… vous voyez. Et Natacha ne pouvant plus parler (tant cela lui semblait drôle), tomba sur sa mère et éclata d’un rire si haut et si sonore, que tous, même l’imposante visiteuse, rirent malgré eux.