Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/148

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— Qui peut savoir, ma cousine, c’est peut-être un futur Derjavine.

En même temps, il me pinça si fort la joue que si je ne criai pas c’est que je compris qu’il me fallait accepter cela comme une caresse.

Les invités s’en allèrent ; papa et Volodia sortirent du salon où il ne resta plus que le prince, grand’mère et moi.

— Pourquoi notre chère Natalia Nikolaievna n’est-elle pas venue ? — demanda subitement le prince Ivan Ivanovitch, après un court silence.

Ah ! mon cher ! — répondit grand’mère en baissant la voix, et en appuyant sa main sur la manche de l’uniforme du prince, — elle serait venue assurément si elle était libre de faire ce qu’elle veut. Elle m’écrit que Pierre lui a proposé de partir, mais qu’elle a refusé d’elle-même parce que cette année ils n’ont pas eu de revenus ; elle m’écrit : « En outre, je n’ai nul besoin de venir cette année à Moscou, avec toute la maison ; Lubotchka est encore trop petite, et quant aux garçons qui vivront chez vous, je suis encore plus tranquille que s’ils étaient avec moi. » — Tout cela est très bien, — continua grand’mère, d’un ton qui montrait clairement qu’elle était loin de trouver cela très bien, — il y a longtemps que les garçons devaient être ici pour apprendre quelque chose et s’habituer au monde, car enfin, quelle éducation pouvait-on leur donner à la campagne ?… L’aîné