Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/166

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peu, comme avec l’intention de nous embrasser, mais nous regardant encore dans les yeux, nous réfléchîmes. Quand, avec un frou-frou, les robes de toutes les sœurs eurent défilé devant nous, pour entamer la conversation, je lui demandai si la voiture n’était pas étroite pour eux tous.

— Je ne sais pas — me répondit-il négligemment — je ne vais jamais dans la voiture, parce qu’aussitôt que j’y suis installé j’ai mal au cœur, et comme maman sait cela, chaque fois que nous sortons le soir, je me mets toujours sur le siège, c’est beaucoup plus amusant, on voit tout, Philippe me laisse conduire et souvent je prends même le fouet. Et les passants, vous savez, quelquefois… – ajouta-t-il avec un geste expressif, — c’est charmant !

— Excellence, — dit un laquais en entrant dans l’antichambre, Philippe demande où vous avez mis le fouet ?

— Comment, où je l’ai mis ? Mais je le lui ai rendu…

— Il dit que vous ne l’avez pas rendu.

— Eh bien alors, je l’ai accroché à la lanterne.

— Philippe dit qu’il n’y est pas non plus ; et dites plutôt que vous l’avez pris et perdu. Philippe sera obligé de payer de son argent vos polissonneries, — continua, en s’animant de plus en plus, le laquais irrité.

Ce laquais, qui avait l’air d’un homme respec-