Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/384

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ni la vieille bonne. Celle-ci criait, appelait la femme de chambre. Je m’éloignai dans le couloir ; j’envoyai la femme de chambre et me dirigeai vers mon cabinet de travail. « Que faut-il faire maintenant ? » me demandai-je. Et, immédiatement, je compris ce qu’il fallait faire. Dès que je fus dans mon cabinet, je me dirigeai tout droit vers le mur, je décrochai le revolver et l’examinai attentivement. Il était chargé. Je le mis sur la table. Puis je ramassai la gaîne du poignard, derrière le divan, et je m’assis.

Je restai longtemps ainsi. Je ne pensais à rien, je ne cherchais à me souvenir de rien. J’entendais là-bas un bruit de pas étouffés, un remuement d’objets et d’étoffes, puis l’arrivée d’une personne, puis encore d’une autre personne. Puis je vis Egor apporter dans ma chambre mes bagages du chemin de fer, comme si quelqu’un en avait besoin.

« — Sais-tu ce qui est arrivé ? lui dis-je. Dis au portier de prévenir la police. »

Il ne répondit rien et sortit. Je me levai, je fermai la porte, je pris les cigarettes et les allumettes, et je me mis à fumer. Avant même que j’eusse fini ma cigarette, le sommeil me saisit et me terrassa. Je dormis sûrement deux heures. Je me souviens d’avoir rêvé que je vivais en bonne intelligence avec elle, qu’après une brouille nous étions en train de faire la paix ; que quelque chose nous en empêchait mais que, cependant, nous étions amis.