Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/307

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sotte galanterie et de l’habitude de s’asseoir sur sa jambe, je n’ai rien d’inconvenant à lui reprocher ; il se croit certainement le ton le plus exquis. Je suis donc forcé de me montrer aimable, et…

— Mais, Kostia, tu t’exagères les choses, interrompit Kitty, fière au fond du cœur de se sentir aussi passionnément aimée.

— Et lorsque tu es pour moi l’objet d’un culte, que nous sommes si heureux, ce misérable aurait le droit… Au reste, ce n’est peut-être pas un misérable ; mais pourquoi notre bonheur serait-il à sa merci ?

— Écoute, Kostia, je crois que je sais ce qui t’a contrarié.

— Quoi ? demanda Levine troublé.

— Tu nous as observés pendant le souper, — et elle lui raconta l’entretien mystérieux qui lui avait paru suspect.

— Kitty, s’écria-t-il en voyant le visage pâle et ému de sa femme, je te fatigue, je t’épuise. Je suis un fou. Comment ai-je pu me torturer l’esprit d’une pareille niaiserie !

— Tu me fais peine !

— Peine ? moi ? je suis absurde, et pour me punir je vais accabler ce garçon des amabilités les plus irrésistibles, dit Levine, baisant les mains de sa femme. Tu vas voir ! »


CHAPITRE VIII


Deux équipages de chasse attendaient à la porte le lendemain matin, avant que les dames fussent