Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/453

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qu’ils ne veulent pas comprendre, ajouta-t-il en regardant Oblonsky par-dessus son pince-nez, absorbés qu’ils sont par leurs intérêts personnels, et si aisément satisfaits de phrases creuses. »

Stépane Arcadiévitch savait que Karénine était au bout de ses démonstrations lorsqu’il interpellait ceux qui s’opposaient aux réformes qu’il élaborait ; aussi ne chercha-t-il pas à sauver le principe de la liberté, et attendit-il qu’Alexis Alexandrovitch se tût, en feuilletant son manuscrit d’un air pensif.

« À propos, dit Oblonsky après un moment de silence, je te prierais, dans le cas où tu rencontrerais Pomorsky, de lui dire un mot pour moi ; je voudrais être nommé membre de la commission des agences réunies du Crédit mutuel et des Chemins de fer du sud. » Stépane Arcadiévitch savait nommer sans se tromper la place à laquelle il aspirait.

« Pourquoi veux-tu cette place ? » demanda Karénine, craignant une contradiction avec ses plans de réforme ; mais le fonctionnement de cette commission était si compliqué, et les projets de réforme de Karénine si vastes, qu’on ne pouvait à première vue s’en rendre compte.

« Le traitement est de neuf mille roubles, et mes moyens…

— Neuf mille roubles ! répéta Karénine, se rappelant qu’un des points sur lesquels il insistait était l’économie. Ces appointements exagérés sont, comme je le prouve dans ma brochure, une preuve