Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/483

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rien cacher. — Il en use ainsi peut-être pour ses correspondances avec des femmes, pensa-t-elle. — Je souhaiterais que cette question t’intéressât aussi peu que moi.

— Elle m’intéresse parce que j’aime les choses nettement définies.

— Pourquoi ? Qu’as-tu besoin du divorce si l’amour existe ?

— Toujours l’amour ! pensa Wronsky avec une grimace. Tu sais bien que, si je le souhaite, c’est à cause de toi et des enfants.

— Il n’y aura plus d’enfants.

— Tant pis, je le regrette.

— Tu ne penses qu’aux enfants et pas à moi, dit-elle, oubliant qu’il venait de dire « à cause de toi et des enfants », et mécontente de ce désir d’avoir des enfants comme d’une preuve d’indifférence pour sa beauté.

— Au contraire, je pense à toi, car je suis persuadé que ton irritabilité tient principalement à la fausseté de ta position, répondit-il d’un ton froid et contrarié.

— Je ne comprends pas que ma situation puisse être cause de mon irritabilité, dit-elle, voyant un juge terrible la condamner par les yeux de Wronsky ; cette situation me paraît parfaitement claire, ne suis-je pas absolument en ton pouvoir ?

— Oui, mais tu te méfies de ma liberté.

— Oh ! quant à cela, tu peux être tranquille, fit-elle se versant du café, et remarquant combien ses gestes, et jusqu’à sa façon d’avaler, donnaient