Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/484

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sur les nerfs de Wronsky. Je me préoccupe peu des projets de mariage de ta mère.

— Nous ne parlons pas d’elle.

— Si fait, et tu peux m’en croire, une femme sans cœur, qu’elle soit jeune ou vieille, ne m’intéresse guère.

— Anna, je te prie de respecter ma mère.

— Une femme qui ne comprend pas en quoi consiste l’honneur pour son fils n’a pas de cœur.

— Je te réitère la prière de ne pas parler de ma mère d’une façon irrespectueuse », répéta le comte élevant la voix et regardant Anna sévèrement.

Elle supporta ce regard sans lui répondre, et se rappelant ses caresses de la veille : « Quelles caresses banales ! » pensa-t-elle.

« Tu n’aimes pas ta mère, ce sont des phrases et encore des phrases.

— Si c’est ainsi, il faut…

— Il faut prendre un parti, et quant à moi, je sais ce qu’il me reste à faire », dit-elle, se disposant à quitter la chambre, lorsque la porte s’ouvrit et livra passage à Yavshine. Elle s’arrêta aussitôt et lui souhaita le bonjour. Pourquoi dissimulait-elle ainsi devant un étranger qui tôt ou tard devait tout apprendre ? C’est ce qu’elle n’aurait pu expliquer ; mais elle se rassit et demanda tranquillement :

« Vous a-t-on payé votre argent ? (Elle savait que Yavshine venait de gagner au jeu une grosse somme.)