Page:Tolstoï - Carnet du Soldat, trad. Bienstock.djvu/14

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à la volonté de Dieu que le meurtre. C’est pourquoi tu ne peux pas obéir aux hommes, s’ils t’ordonnent de tuer d’autres hommes ; et si tu obéis et tues, tu fais cela seulement pour ton avantage, pour n’être pas puni. De sorte qu’en tuant par ordre du chef, tu es un assassin comme le brigand qui tue un marchand pour le voler.

Le brigand était séduit par l’argent, et toi tu agis pour ne pas être puni par les chefs et recevoir une récompense. Toujours l’homme répond lui-même de ses actes devant Dieu.

Et aucune force ne peut, comme le veulent les chefs, faire d’un homme vivant un objet mort qu’on peut diriger à son gré. Christ a appris aux hommes qu’ils sont tous des fils de Dieu, c’est pourquoi le chrétien ne peut livrer sa conscience au pouvoir d’un autre homme, quel que soit le titre de celui-ci : tzar, roi, empereur. Ce fait, que les hommes qui ont pris pouvoir sur toi, exigent de toi le meurtre de tes frères, montre que ces hommes sont des imposteurs et qu’il ne faut pas leur obéir. Elle est honteuse, la situation de la prostituée toujours prête à livrer son corps à l’impureté, à celui qui se montre son maître, mais encore plus honteuse est la situation du soldat toujours prêt au plus grand crime — au meurtre de l’homme que lui désigne son chef.

C’est pourquoi, si tu veux réellement agir selon Dieu, il te faut faire une chose : abandonner la condition honteuse et sacrilège du soldat et te préparer à supporter les souffrances qu’on te fera endurer pour cela.

De sorte que le vrai manuel du soldat chrétien