Page:Tolstoï - Carnet du Soldat, trad. Bienstock.djvu/16

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    De sorte que les paroles : Personne n’a un plus grand amour que celui de donner sa vie pour ses amis, ne signifient point du tout que le soldat doit défendre ses camarades, mais que le chrétien doit être prêt à donner sa vie pour remplir ce commandement du Christ : les hommes doivent s’aimer l’un l’autre. Par suite ils doivent être prêts à sacrifier leur vie plutôt que de consentir à tuer leurs semblables.

    De Matthieu, est citée la fin du verset 22 du chapitre x : … Mais celui qui persévérera jusqu’à la fin, c’est celui-là qui sera sauvé, évidemment interprétée dans ce sens que le soldat qui se battra avec courage échappera à l’ennemi. Mais là encore le sens de ce passage n’est pas du tout celui que lui donne l’auteur. Voici le texte du verset : « Et vous serez haï de tous à cause de mon nom ; mais celui qui persévérera jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé. »

    Il est donc évident que ce verset ne peut se rapporter au service militaire : les soldats ne sont haïs par personne au nom du Christ, c’est pourquoi il est clair, que seuls, peuvent être haïs au nom du Christ, ceux qui refusent au nom du Christ de faire ce que le monde exige d’eux, et de ce nombre sont les soldats qui n’obéissent pas quand on exige d’eux le meurtre.

    Est également citée la fin du verset 39 du chapitre x : « … Mais celui qui aura perdu sa vie à cause de moi la retrouvera, » et dans ce sens, que celui qui sera tué à la guerre, sera récompensé aux cieux ; mais le vrai sens n’est évidemment pas celui-là. Dans le verset 38, il est dit : Et celui qui ne prend pas sa croix, et ne me suit pas, n’est pas digne de moi. Et, ensuite, il est ajouté : Celui qui aura conservé sa vie la perdra ; mais celui qui aura perdu sa vie à cause de moi, la retrouvera, c’est-à-dire que celui, qui, pour pratiquer la doctrine de l’amour, regrettera sa vie corporelle, sera privé de la vraie vie, et que celui qui ne regrettera pas sa vie corporelle pour la pratique de la doctrine de l’amour, aura la vraie vie spirituelle, éternelle.

    Ainsi les trois passages ne disent pas, comme le veut l’auteur, que pour obéir aux chefs, il faut combattre et mordre les hommes, mais au contraire, ces trois passages, de même que tout l’Évangile, disent que le chrétien ne peut devenir un assassin, et, par suite, ne peut être soldat. C’est pourquoi les paroles : « Le soldat guerrier du Christ », qui sont citées dans