Page:Tolstoï - Carnet du Soldat, trad. Bienstock.djvu/19

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La jambe fortifie la jambe, un bras fortifie l’autre.

Tenez-vous ensemble, un malheur n’est pas un malheur, un malheur à deux n’est qu’un demi-malheur, la dispersion c’est le malheur.

N’attends pas d’être relevé, ça ne sera pas ; l’aide viendra.

Si tu te bats bien, alors tu te reposeras.

On ne bat que celui qui a peur.

Frappe toujours, ne te sauve jamais. Si la baïonnette se brise, frappe par la crosse ; si la crosse n’agit pas, frappe par le poing, si les poings sont fatigués, mords à pleines dents. Seul, celui qui frappe désespérément, jusqu’à la mort, frappe bien.

Dans le combat, le soldat est une sentinelle : même en mourant ne lâche pas ton fusil.

Garde les cartouches pour trois jours et parfois pour toute la campagne, quand il y en a à prendre.

Tire rarement, mais tire juste ; avec la baïonnette transperce fortement. Si la balle passe devant, la baïonnette ne manquera pas. La balle est sotte, la baïonnette est brave.

Vise pour chaque balle ; tirer sans viser, c’est amuser le diable. C’est la balle visée qui portera le coup et non pas la balle égarée. Garde tes cartouches ; si par hasard tu les laisses au loin, on approchera plus près, voilà qu’il faudra tirer, et tu n’auras rien pour cela. Un bon soldat a assez de trente cartouches par le combat le plus chaud.

Prends les cartouches des tués et des blessés.

Si tu rencontres par hasard l’ennemi, ou s’il te rencontre, frappe sans réfléchir, ne lui laisse pas le temps de se ressaisir. Brave est celui qui le premier crie : Hourra !…

Si trois se jettent sur toi : perce le premier, tire sur le second, enfonce la baïonnette dans le troisième. Dieu protège les courageux.

Pour un bon soldat, il n’existe ni flanc ni derrière, mais partout est le front où est l’ennemi. Que ton visage