Page:Tolstoï - Carnet du Soldat, trad. Bienstock.djvu/44

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au monde pour le salut des hommes, et là, il est né d’une Vierge, a été crucifié, puis est ressuscité, est remonté au ciel où il est assis à la droite du Père. À la fin du monde ce Fils viendra juger les vivants et les morts. Et tout cela est une vérité indiscutable révélée par Dieu lui-même.

Si, nous, au vingtième siècle, ne pouvons accepter tous ces dogmes contraires au bon sens et au savoir humain, au temps du Concile de Nicée, les hommes n’étaient pas, non plus, privés de bon sens et ne pouvaient accepter ces dogmes étranges et ne pas exprimer leur désaccord avec eux.

L’Église, se considérant comme seule dépositaire de la vérité entière, ne pouvait admettre cette opposition et naturellement employa contre ce désaccord le moyen répressif qui agit le plus rapidement : la violence. En admettant l’emploi de la violence en certains cas, comme par exemple à la guerre et pour les châtiments, l’Église, naturellement, considère d’autant plus acceptable et légal le recours à la violence contre les hommes qui, par des doctrines mensongères, entraînent les autres à leur perte éternelle. Et ce moyen, la violence, toujours elle l’employa et l’emploie dans chaque cas possible, et elle ne peut pas ne pas l’employer tant que les Églises seront des Églises, c’est-à-dire tant qu’elles affirmeront que tout ce qu’elles enseignent est la vérité indiscutable.