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CHAPITRE X

LES CONSÉQUENCES DE LA PERVERSION DE l’ART :
LA CONTREFAÇON DE L’ART


À force de voir sa matière s’appauvrir et de devenir inintelligible dans sa forme, l’art des classes supérieures en est venu aujourd’hui à manquer même des caractères élémentaires de l’art, et à n’être plus qu’une simple contrefaçon d’art.

C’était d’ailleurs une conséquence aisée à prévoir. L’art universel, en effet, naît seulement lorsqu’un homme, ayant éprouvé une émotion vive, sent la nécessité de la transmettre à d’autres hommes. Or l’art professionnel des classes supérieures ne naît nullement d’une impulsion intime de l’artiste ; il naît surtout parce que les classes supérieures de la société demandent de l’amusement, et le paient un bon prix. Elles ne demandent à l’art que de leur transmettre des sentiments qui leur plaisent ; et c’est à cette demande que les