Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/51

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Botchkov, bourgeoise, âgée de quarante-trois ans, et Catherine Mikaïlovna Maslov, âgée de vingt-sept ans, sont accusés d’avoir, le 16 octobre 188…, dérobé en commun au marchand Smielkov une somme de 2.500 roubles, et d’avoir ensuite, afin de cacher les traces de leur vol, attenté délibérément à la vie du susdit Smielkov en lui faisant avaler du poison, d’où est résultée sa mort.

« Ces délits sont prévus par l’article 1455 du Code Pénal : en conséquence de quoi Simon Kartymkine, paysan, et Euphémie Botchkov et Catherine Maslov, bourgeoises, sont déférés au jugement du tribunal du district, siégeant en cour d’assises avec la collaboration des jurés. »

Ayant terminé sa lecture, le greffier rangea les feuilles de l’acte qu’il venait de lire, s’assit et lissa de ses deux mains ses longs cheveux noirs. Toute l’assistance poussa un soupir de soulagement ; et chacun eut l’agréable impression que l’enquête était désormais ouverte, que tout allait aussitôt s’éclaircir, et que la justice allait être satisfaite. Seul Nekhludov n’éprouva point ce sentiment : il continuait à songer avec épouvante au crime qu’avait pu commettre cette Maslova, qu’il avait connue pleine d’innocence dix ans auparavant.


VII


Quand la lecture de l’acte d’accusation fut terminée, le président, après avoir pris l’avis de ses assesseurs, se tourna vers Kartymkine avec une expression qui signifiait : « À présent, nous allons tout savoir de la façon la plus certaine, jusqu’aux moindres détails. »

— Simon Kartymkine ! — fit-il en se penchant à gauche.

Simon Kartymkine se leva, releva les manches de son manteau et s’avança de tout son corps sans cesser d’agiter les lèvres.