Page:Torcy (Blieck) - L'exode, 1919.djvu/145

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
144
L’EXODE

Et Jeanne récita cette phrase, en montrant la grille de bois noir :

— Voici la barrière qui les sépare du monde.

— J’ai bien peur, dit Philippe, qu’elle n’arrête pas les Allemands.

— Oh ! mon Dieu !

Au nom des Allemands, les fillettes s’agitèrent :

— Miséricorde ! — Oh ! maman, est-ce qu’ils viendront ici ?

Mme Claveaux, chassant de la main ces craintes imaginaires, interrompit les bavardages :

— Voyons, il est temps d’aborder les questions sérieuses.

Et, tirant un papier de son livre de messe, elle se tourna vers Yvonne :

— À toi, d’abord ! Sais-tu qu’il manque trois mouchoirs et deux cache-corset au linge que tu as renvoyé ?


Dehors, Mme Claveaux gronda Philippe de la peur qu’il avait faite :

— Ce n’est pas raisonnable, monsieur Héloir.

— Croyez-vous ? Le journal prétend que les fuyards de la Marne reculent vers le nord. Que ferez-vous, s’ils arrivent à Ypres ?… En ce cas, je vous conseillerais d’écarter ces brebis de leur chemin.

Mme Claveaux dénia du front la possibilité de pareilles conjonctures :

— Les Allemands ne passeront point par ici.