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TROISIÈME PARTIE


VI


À La Panne, le mois de septembre se termina dans l’optimisme. Durant la foudroyante avance des Allemands sur Paris, beaucoup de réfugiés s’étaient enfuis en Angleterre.

Quand on osa respirer, après la victoire de la Marne, on se moqua des « froussards « qui avaient abandonné leur maison, les douceurs de la villégiature. Surtout, on éprouvait une satisfaction patriotique à se sentir encore sur le dernier lambeau du territoire.

Tout à coup, au début d’octobre, les événements devinrent si désastreux que la panique, à nouveau, dispersa les baigneurs. Un à un, les magasins se fermèrent ; l’on eut peine à se procurer du pain.

Marthe écrivit à Philippe de revenir au plus vite. Mais à Ypres on était tranquille : les Allemands venaient de quitter la ville ; puis l’arrivée des Anglais rendit aux plus pessimistes le sentiment de la sécurité.

Marthe insista néanmoins sur les dangers qui menaçaient La Panne. Le courrier qu’elle envoya se perdit en route ; elle attendit avec angoisse une réponse qui ne vint pas ; et, en quelques jours, on apprit la chute incroyable d’Anvers, la retraite de l’armée sur l’Yser et l’avance des Allemands vers Nieuport !

Mme Forestier en perdit la tête :

— Ecoutez, Bernard, s’écria-t-elle, il n’y a pas de