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QUATRIÈME PARTIE

L’écrivain, cependant, croyait que Lucienne déciderait sa mère à patienter jusqu’au printemps.

— Il n’y a guère d’apparence, dit Marthe, tu connais Lucienne, elle finit toujours par céder.

— Tu crois ?

— Cela ne fait pas question. Madame Fontanet se meurt d’impatience à l’idée de revoir sa maison. Serrés l’un contre l’autre sous un parapluie qu’ils poussaient à travers une bourrasque de neige, ils avancèrent un moment, silencieux et pensifs. Philippe songea qu’il ne s’était pas informé si Marthe aussi ne se mourait point du même désir.

— Mais toi ? demanda-t-il, tu ne me dis rien. Que veux-tu faire ?

Elle regarda son mari, croyant qu’il faiblissait dans sa résolution, à l’idée du départ probable de Lucienne :

— Cela dépend de ce que tu décideras, mon ami.

— Oh ! quant à moi, c’est tout décidé, je reste. Mais je me demande s’il ne vaut pas mieux que tu retournes avec Lucienne et madame Fontanet.

— Non, fit-elle simplement, nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve. Et ce n’est pas le moment de se séparer, quand viennent les mauvais jours.

Philippe ne répondit que par une pression du bras, et Marthe parla d’autre chose, comme si la pudeur les retenait de toucher à leurs sentiments intimes. Tous deux savaient pourtant qu’ils pouvaient compter l’un sur l’autre et que, dans la misère même, ils ne se quitteraient pas.