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QUATRIÈME PARTIE

engageaient Philippe à les rejoindre. Une petite maison — bien modeste et sans confort — l’attendait depuis un mois. Il fallait y renoncer ou la prendre tout de suite, les Van Weert ne pouvant garantir quelle serait disponible plus longtemps.

Les Héloir y pourraient vivre de peu, ménager leurs économies, payer le loyer après la guerre. Les Van Weert ajoutaient que la ville possédait un quartier riche, des châteaux et des parcs, et qu’ils fréquentaient un monde choisi d’intellectuels, notamment les professeurs de l’université.

Ce détail ouvrit à Philippe une espérance nouvelle. Peut-être pourrait-il enseigner la littérature, la langue française, et commencer enfin le livre qui lui tenait tant à cœur…

Toutes réflexions faites, les Héloir estimèrent qu’il fallait suivre l’avis des Van Weert.

Un matin, Philippe se rendit au Refuge, solliciter trois billets de chemin de fer.

— Ah ! soupira Mrs Wood, vous avez eu tort d’attendre la dernière minute. Je vous l’ai dit. À présent, vous nous voyez les mains vides, ou à peu près.

Quelques heures plus tard, les Héloir suivaient un dernier groupe de fugitifs, une carte à la boutonnière et des paquets à la main. Sur le quai de la gare, où tant de fois il était venu conduire les autres réfugiés, Philippe regardait Marthe et Lysette qui se tenaient à l’écart. Elles avaient dissimulé leur carte ; et, raidies dans leur manteau, la lèvre mince, les sourcils contractés, elles