Page:Véron - Mémoires d’un bourgeois de Paris, tome 1.djvu/265

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Soumet avait une passion instinctive pour le bien et pour le beau ; Guiraud aimait aussi le bien et le beau, mais il se montrait homme d’affaires ; il savait tirer parti de tout, de ses relations, de ses amitiés, de ses vers, de ses élégies, de ses tragédies, de ses sentiments religieux, de sa tendresse poétique pour les petits ramoneurs.


Un petit sou leur rend la vie.


Inconnu, et sans aucune des séductions sympathiques qui attirent, Alexandre Guiraud tombe un jour au milieu de Paris ; en moins de deux années, il fait représenter deux tragédies à l’Odéon, publie un volume de poésie, se fait nommer chevalier de la Légion d’honneur, membre de l’Académie française et baron ; puis il retourne dans sa province, titré, pensionné, pour y conclure un mariage riche et honorable. Le baron Guiraud mourut encore jeune ; il faisait tout vite ; il travaillait vite ; en littérature, il fit son chemin vite ; il vécut vite ; il mourut vite.

Nous avons nommé Pichat, dont le véritable nom était Pichald ; c’était le poëte antique, frappé par les dieux qui ne lui accordaient le talent de la lyre qu’aux dépens de la vie ; c’était un poëte d’une mélancolie vraie, plein d’exaltation et qui trouvait de beaux vers.

Il faut encore citer, parmi les morts, dont peut-être bientôt on ne se souviendra plus, de Laville de Miremont, auteur du Folliculaire et du Roman ; Mely-Janin, auteur du drame de Louis XI ; Michel Beer, qui appartenait à la littérature allemande ; Campenon, de l’Académie française, homme aimable, mais qui fit tout juste