Page:Véron - Mémoires d’un bourgeois de Paris, tome 1.djvu/77

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Desgenettes était un homme d’esprit, un lettré ; sa bibliothèque était nombreuse et choisie, il avait le goût des bons livres et des éditions rares.

Larrey n’a guère étudié que sur les champs de bataille.

L’empereur n’aimait pas Desgenettes, il le tenait pour un bavard. « Vous êtes Breton ? lui dit-il un jour. — Pas tout à fait, répondit Desgenettes, ma mère était Bretonne ; mais, comme mon père, j’ai l’honneur d’être Normand. »

On sait que Napoléon proposa à Desgenettes d’administrer de l’opium aux blessés de Saint-Jean-d’Acre, pour qu’ils ne pussent pas tomber vivants entre les mains des Turcs, puisqu’on était forcé de les abandonner. Desgenettes a toujours dit et même écrit que cette proposition était peut-être acceptable, mais qu’il ne pouvait se charger de la mettre à exécution. L’empereur ne se formalisa pas du refus de Desgenettes.

Ami de Kléber et partageant ses préventions contre Bonaparte, Desgenettes était de l’opposition même en Égypte ; mais dans les jours de revers et de mauvaise fortune, son cœur resta fidèle à l’empereur et à l’empire.

Larrey était un homme comme le voulait l’empereur, obéissant, souple, infatigable. Larrey avait au suprême degré la religion du devoir ; il restait sur les champs de bataille quatorze et quinze heures par jour : aussi soutenait-il de très-bonne foi que tout général ayant une jambe de bois avait été amputé de sa main. Il oubliait que Percy, chirurgien militaire très-distingué, avait aussi fait plus d’une amputation sur les champs de bataille.