Page:Véron - Mémoires d’un bourgeois de Paris, tome 1.djvu/78

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Desgenettes et Larrey ont laissé des relations médicales de leurs campagnes.

Les relations de Desgenettes sont d’un écrivain exercé, mais il y est très-peu question de médecine ; on les croirait écrites par un général en chef. Ce sont des récits à la manière de Xénophon ou de Thucydide, des allocutions de chefs militaires, des discours prononcés sur la tombe de généraux et des ordres du jour. Ce qu’il dit de lui-même ne manque pas d’une certaine simplicité, d’une certaine grandeur ; il ne fait pas trop de bruit de son inoculation de la peste à Jaffa. « Mes boutons étaient encore très-sensibles, dit-il, quand je me baignai dans la baie de Césarée, en présence de toute l’armée. »

Desgenettes fut élimmé de l’École de médecine en 1822, il supporta cette disgrâce avec dignité.

Les causeries de Desgenettes étaient pleines d’intérêt. Cousin de Valazé, il avait été présenté très-jeune dans le salon de madame Roland : il y rencontra tous les girondins ; plus tard il vécut dans l’intimité de Camille Desmoulins.

Desgenettes était surtout un plaisant et un railleur ; il raillait en français et en latin. À un examen sur l’hygiène, il demanda un jour à un candidat où commençait la digestion : « Dans la bouche, répondit l’élève. — Non, monsieur, la digestion commence dans la cuisine. »

Larrey avait aussi beaucoup vu ; il avait connu tous les hommes de guerre depuis Custine jusqu’au maréchal Bugeaud. Mais de tous les hommes et de toutes les guerres de l’empire, Larrey ne conservait le souvenir que de ses opérations, de ses pansements et de ses blessés.