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nence de la Révolution. Trahir le peuple, en 1914, c’était sauver sa tête. En 1920, c’est la jouer. Ceux seuls qui ne croient pas à la révolution peuvent contester cela.

Il n’en reste pas moins que les tentations qui guettent le militant au seuil du Palais-Bourbon sont subtiles. Amitiés de couloirs, conseils de camarades vieillis sous le harnais… et, disons le mot, tradition d’un groupe socialiste au Parlement qui, depuis cinq ans surtout, ignore ce que c’est qu’une attaque à fond, qu’un sabotage révolutionnaire.

Le militant aux narines assez endurantes pour s’aventurer à la Chambre devra donc s’appuyer sur les masses, se tenir avec elles en contact étroit. Jusqu’ici le Groupe Parlementaire, animé d’une espèce de fâcheux esprit de corps, évoluait à l’arrière-garde du Parti et des masses, sans liaison. Il ne devrait pas y avoir de groupe socialiste au Parlement. La C. A. P., les fédérations, les organisations syndicales sont là pour donner leurs ordres aux élus, pour leur commander telle ou telle intervention de tribune.

Enfin, la maxime d’un militant, qui va être en 1920 de Chambre, doit se formuler : beaucoup de propagande, un peu de tribune, pas de couloirs.

Ainsi, nous croyons que la besogne sera utile, profitable au prolétariat, et les reproches passionnés que les antiparlementaires adressent à tels sortants sont eux-mêmes la preuve de ce qu’un député aurait pu faire s’il l’avait voulu.

Oui, si au Parlement français, au Parlement anglais, il y avait eu, pendant la guerre, des hommes qui, comme Liebknecht, aient fait tout leur devoir, le massacre n’aurait pas duré quinze cents jours. C’est cet argument-là qui nous a décidés.