Page:Vaillant-Couturier - Députés contre parlement.djvu/98

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tique ? Elle est à tous les tournants. Et qu’on ne répète plus cette rassurante sottise : « Ceux qui reviennent ne pensent qu’à bien vivre et vivre tranquilles » ! Croyez-vous qu’il peut rester bien tranquille l’homme qui, à juste titre, croit que tout lui est dû, et qui s’aperçoit qu’il est à peu près seul à n’avoir rien ? À l’un, sa place est prise, à l’autre sa femme. Son cœur connaît l’amertume des sacrifiés. Pendant sa longue absence, la vie a poussé sur lui comme l’herbe sur une tombe…

Et si, autrefois déjà, on craignait le retour au pays des petites bandes des armées de métier, combien plus grave n’est pas le problème de la démobilisation de millions d’hommes farouches qui ne déposent leur boue et leur casque que pour recevoir le fardeau d’une dette publique deux cents fois milliardaire ?

Il faut de l’ordre, une vigueur prompte, une méthode. Et la cohue de « tous les bons Français » bavardant noblement sur les ruines du Nord et de l’Est, lançant de sonores invectives à la barbarie d’outre-Rhin, ne ferait qu’ajouter un ton de ridicule à d’affreuses misères. D’abord, en fait de « barbarie », si le désarmement général (et, par conséquent l’oubli des luttes passées), peut valoir, à la France, seulement trois milliards d’économies annuelles, cet avantage, — entre d’autre de l’ordre idéaliste, — nous décide : il n’y a pas à balancer. Trois milliards de rente seront mieux placés dans la poche des mutilés et dans les communes ruinées de Flandre et de Lorraine que jetés dans cet inépuisable abîme qu’est la poche des marchands de « canons et de munitions ». Or, une telle économie exige, préalablement, la Société des Nations. Car nous ne pouvons — quel Français l’oserait ? — réduire d’une mitrailleuse notre budget de la guerre tant que le désarmement universel n’est pas chose universellement décidée.

Mais, trois milliards d’économie, ce n’est qu’une paille. Pour faire face à des dettes d’un revenu de plus de dix milliards, il faudra créer des richesses nouvelles. Je compte pour rien l’inepte rêverie qui veut faire payer par une Allemagne fourbue, les dettes du monde entier, elle qui aura déjà tant de mal à traîner les siennes et à réparer quelques dégâts… Quiconque nourrit là-dessus d’aimables illusions n’aura que la peine de lire le discours de Sir Eric Geddes, ministre du cabinet de guerre Anglais, lequel après