Page:Variétés Tome II.djvu/284

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tisanes, on verroit un beau retranchement ! Vous ne voyez que carrosses de ces femmes courir de çà, courir de là, et carrognes dedans. Entendez parler ces perroquets et ces chèvres coiffées : Je vous envoyeray mon coché ; vous cognoistrez bien la livrée de mon coché ? Il attendra à cette porte, il fera, il dira ; bref, il aura autant d’occupation et d’affaires qu’un greffier commissionnaire. C’est bien vrayement le paradis des femmes que Paris, qui ont gaigné en ce temps leur cause contre les hommes : car, leur requeste tendante à bransler et brimballer, elles vont en des carrosses branslans et suspendus10, et que, pour entretenir souvent ce train, leurs maris jouent parfois à se faire pendre, par le moyen de mille meschancetez et volleries qu’ils commettent. Paris, dis-je encores, est plus que jamais l’enfer des chevaux, plus cruel qu’on le vit onques. Le bon Panurge, autrefois chez maistre François Rabelais, avoit appellé cette ville la ville des bouteilles et des lanternes ; j’adjouste : et des carrosses11 ; et est le purga-


10. Ces carrosses étoient de lourdes caisses, grossièrement vernies, suspendues sur de larges courroies, ou simplement sur des cordes. Le premier qu’on vit à Paris en ce genre fut celui dans lequel se montra, au commencement du règne de Henri IV, la veuve du maître des comptes Bordeaux (Sauval, Antiq. de Paris, liv. 2, ch. Voitures). Il y a loin de là aux carrosses à ressort bien liant dont parle Regnard (le Joueur, art. 1, sc. 1), et encore plus à nos voitures d’aujourd’hui.

11. Le proverbe Paris, paradis des femmes, purgatoire des hommes, enfer des chevaux, qu’on croyoit ne remonter qu’à la fin du XVIIe siècle, se trouve ainsi au complet.