Page:Variétés Tome IV.djvu/324

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Tout ne se mène que par l’envie ; c’est le ressort de nos affaires ; l’envie nous engendre : car, si une femme n’avoit point d’envie de multiplier sa race, elle n’engendreroit jamais ; l’envie nous nourrit et alimente : car, si l’on n’avoit envie de manger, en vain la nature nous auroit donné des dents ; et l’envie nous fait mourir, et toutefois elle ne meurt jamais3.

C’est ceste envie qui a esté cause de ce grand, ce difficile, cet authentique, superliquoquentieux et estrange procez intervenu entre les filles du fauxbourg de Montmarte et les femmes du faux-bourg Sainct-Germain, que nous avons aujourd’huy sur le bureau, et ce à mesme temps qu’elles ont veu arri-


illustroit ses prophéties, et qui n’est qu’une imitation de la dernière figure de certaines danses macabres, où l’on voit ainsi un musicien tirer le diable par son appendice caudal, a sans doute été pour quelque chose dans la popularité de l’expression qui court encore, à l’usage des nécessiteux : tirer le diable par la queue. La gravure d’un almanach du même temps a peut être aussi contribué à rendre populaire cette autre locution : prendre la lune avec les dents. Il y est ainsi fait allusion dans le Francion de Sorel (1663, p. 254) : « Imaginez-vous voir ces preneurs de lune qui sont en l’almanach de l’année passée, où les uns taschent de l’attraper avec des échelles qui s’alongent et s’accourcissent comme l’on veut, et les autres avec des crochets, des tenailles et des pincettes. » Peut-être s’agit-il encore là d’un almanach du curé de Milmont, car plus loin, p. 454, Sorel en parle.

3. C’est à peu près le vers de Molière dans Tartuffe (ac. V, sc. 2) :

Les envieux mourront, mais non jamais l’envie.

Il l’avoit trouvé tout fait dans la Comédie des Proverbes.