Page:Variétés Tome VI.djvu/160

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Que s’ils avoient du beurre ou un poulet,
Cela seroit, à la première feste,
Porté par eux au richard qui leur preste
À dix pour cent une somme d’argent,
Que, par mesconte et courses de sergent,
Il fait grossir ; puis, quand ces pauvres hommes
Sont obligés pour de plus grandes sommes,
Feignant d’avoir affaire de son bien
Tout en un coup, il ne leur laisse rien.
Et, quand il met le pied dans un village
Pauvre de gens et bon de labourage,
Il court, il veille, il ne repose point,
Il vit esclave, et son trop d’avarice,
Qui le conduit de l’un à l’autre vice,
Le rend semblable à celuy qui dans l’eau,
Sans pouvoir boire, est jusques au museau.
Qui ne seroit, estant près de la porte
De ces tyrans chez qui le peuple porte
Presqu’à toute heure et en toute saison
Le cochon gras, la poulaille et l’oison,
Fasché de voir ces pauvres redevables
Parler tremblans à ces insatiables,
La teste nue et les corps descharnés
De faim, de froid, et de crainte estonnez,
Prier, flatter, faire la reverence,
Pour avoir deux ou trois jours de patience,
Et comme après ils s’en revont soudain
Sans qu’on leur donne un seul morceau de pain,
Ou, quand ils ont moyen de faire boire
Maistres et clercs, il est facile à croire
Qu’ayant saoulé ces renards et ces loups,
Ils payeront bien cherement pour tous !