Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, II.djvu/30

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
20
charles baudelaire

simplement, l’aspiration humaine vers une beauté supérieure et la manifestation de ce principe est dans un enthousiasme, une excitation à l’âme — enthousiasme tout à fait indépendant de la passion qui est l’ivresse du cœur, et de la vérité qui est la pâture de la raison. Car la passion est naturelle, trop naturelle pour ne pas introduire un ton blessant, discordant, dans le domaine de la Beauté pure, trop familière et trop violente pour ne pas scandaliser les purs Désirs, les gracieuses Mélancolies et les nobles Désespoirs qui habitent les régions surnaturelles de la poésie. »

N’est-ce pas, en définitive, tout ce que peuvent attendre des poètes orthodoxes ces pitoyables hérésiarques ?


IV


Ce que veut Baudelaire, on l’a déjà pu deviner par ce qu’il repousse et ce qu’il veut pour le poète ; c’est, tout d’abord, l’Imagination, « cette reine des facultés », dont il a donné dans son Salon de 1859 (Revue Française, n° du 20 juin) la plus subtile et en même temps la plus lucide