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voyage en france par un français

sérénité, dans une sécurité complète au village désormais comme à la ville.

La femme va bien quelquefois à la messe basse, et quelquefois aussi objecte. Mais l’homme, s’il est à jeun, ricane et passe outre ; si la goutte du matin a été forte, s’insurge, crie après les « curés ». — « Tout ça va changer ! Ta fille en saura plus que toi, maintenant qu’on supprime les bondieuseries à l’école. Et vive la République ! »

L’enfant écoute ces propos, la plupart du temps ponctués de blasphèmes, observe ces inobservances. Dans les quelques familles même de l’acabit ci-dessus, où on l’envoie à la messe, comme son père n’y va pas et que ce père ne manque pas de proclamer à chaque instant sa supériorité d’intelligence et d’instruction (ô pitié !), comme d’ailleurs les journaux les plus anti-chrétiens traînent partout dans la maison et sont lus, commentés, exaltés tous les soirs si l’homme ne rentre pas trop saoul ou trop éreinté par sa parcelle de terre mal acquise ou par l’industrie despote, vile et rude vengeresse des prétendus vieux privilèges assassinés par ses grands-pères, — l’enfant que cette affreuse éducation insurge, se corrompt terriblement vite, raisonne juste dans le faux et conclut logiquement en devenant pire que ses tristes